« Rejoindre sans se perdre : Une posture énergétique en soin… qui devient un soin en soi, un soin à l’autre » Témoignage du Dr Charret, gériatre, sur les techniques de travail énergétique dans la relation d’aide

Le Docteur Isabelle Charret est médecin capacitaire en gériatrie – gérontologie.

Elle s’est orientée avec passion vers les maladies neuro-dégénératives cérébrales survenant au cours du vieillissement. Depuis 20 ans, elle a exercé dans les différents lieux d’accompagnement des personnes âgées malades (chef de service hospitalier, Centre d’accueil de jour, EHPAD), elle forme les soignants aux spécificités gériatriques, et elle intervient en soutien des aidants ainsi qu’en conseils aux retraités.

C’est ce vendredi 20 que démarre la Formation pour professionnels de la santé et de la relation d’aide qui s’étalera sur 8 vendredis.

Pour nous parler de cette formation, le Docteur  Isabelle Charret nous a envoyé un « florilège de ses élans convaincus pour cette pratique dans le soin » que nous vous livrons ici :

 

« Ma curiosité m’a toujours portée à élargir ma pratique vers des approches novatrices et efficaces du soin en gériatrie afin de l’améliorer.

Pendant des années, je découvre, utilise et enseigne un large savoir-faire médical gériatrique ainsi que des méthodes d’accompagnement assez satisfaisantes autour de relation d’aide.

Mais je partage avec mes collègues soignants de toutes qualifications, un besoin d’amélioration dans la gestion des situations professionnelles en étant convaincue qu’il nous faut explorer d’autres façons de faire pour avancer… Notre aspiration ne se pose pas en termes de succès ou de performances : il s’agit plutôt d’un besoin d’épanouissement des soignants,patients, proches  dans les prises en soins …

C’est alors que je  trouve sur ce chemin  la formation des Quatre Piliers sur les techniques de travail énergétique dans la relation d’aide. Grâce à une pratique très régulière, guidée par des enseignants dans des stages, je progresse pas à pas dans leur univers.

Je mets à profit la riche palette de cette instruction pour l’appliquer au quotidien, avec une satisfaction profonde, à toutes les facettes de mon exercice professionnel. Façon de faire et façon d’être, partant du soignant pour colorer justement la relation à l’autre, c’est la riche réponse à mes questionnements. « 

« – Le Tan Tien, centre du corps :

Lorsqu’on côtoie des personnels soignants, lorsqu’on leur dispense des formations, il est stupéfiant de constater leur formidable oubli d’eux-mêmes, même si dans ces métiers, la finalité est de s’occuper de l’autre… Au nom du dévouement, de la compassion, de la solidarité face à une extrême vulnérabilité des malades gériatriques, etc., le soignant se précipite dans le soin au détriment de lui-même.

L’élan vers l’autre, dans une intention de soins peut précipiter le soignant, hors de lui-même…

Combien, alors, l’arrimage au centre vital du corps, dont je reçois l’enseignement au sein de cette formation, est pertinent pour ne pas se perdre. Il est utile de s’y connecter avant l’entrée dans une situation délicate, mais aussi d’avoir le réflexe de s’y relier lorsqu’on ressent un dérapage ou un débordement émotionnel qu’ils soient une joie ou souci extrême…

Grâce à l’enseignement suivi, je comprends que le manque de centrage se manifeste dans certaines situations :
Oui, l’appui sur le Tantien, cet arrimage solide, me manque lorsque je me perds dans la violence de mes malades, dans l’exaspération de certains proches, au lieu de leur offrir une épaule sécurisante sur laquelle s’appuyer.
Oui, l’appui sur le Tantien est nécessaire lorsque je prends une décision thérapeutique complexe. »

« – Apprendre à se mettre à l’écoute :

C’est ouvrir un espace d’accueil à l’autre. C’est orienter ses antennes vers ce qui se passe et capter au mieux une situation. Il s’agit de faire taire son propre mental, ses jugements, ses peurs, ses pulsions ».

« – Les mains :

De la paume au petit doigt, elles sont une ressource formidable. Dans nos professions soignantes, les mains sont constamment utilisées.

Par ces mains, le toucher, axe humain fondamental s’exerce, l’énergie vitale du chi peut passer pouvant être perçue par l’autre, transmettre la chaleur, la présence.

Ouvertes : elles invitent à l’accueil. En mouvement : elles examinent, exécutent un geste technique, font un examen clinique, réveillent une douleur parfois, sont dans diverses gestuelles non verbales… Posées: elles apaisent. D’aucuns soulagent la douleur grâce à l’énergie qu’elles véhiculent…. »

« – L’épuisement :

Parfois, je peux me sentir comme vidée. Il y a, à côté de la lourdeur de certaines journées dures (survenant de façon habituelle dans ce cadre professionnel), des déperditions de vitalité que je ne m’explique pas : entrer dans la chambre d’un certain patient en fin de vie, côtoyer une certaine famille… La plupart de mes collègues soignants – toutes fonctions confondues – partagent ce quotidien avec moi…

Oui, Il existe des manières de se protéger du « pompage » de notre énergie de vie : les lieux dans lesquels nous exerçons ne concourent pas à nous apporter de l’énergie, les situations rencontrées nous en prennent.

Oui, Il existe des façons de se ressourcer.

Oui, La négligence de ce travail énergétique peut me déposséder de ma force vitale et je m’épuise. »

« –  Posture du cavalier, mains, parole… Témoignage

Mme A., 92 ans, souffre d’une maladie d’Alzheimer avec une grande désorientation temporelle et des lieux : elle est dans une agitation extrême car elle se dit enfermée, exige de rentrer chez elle immédiatement car ses jeunes enfants l’attendent. Elle est postée à la porte d’entrée fermée et lui donne des coups afin qu’elle s ’ouvre. Le ton monte, les paroles risquent fort de se transformer en actes violents : elle est hors d’elle…

Challenge : Étayage et apaisement

Accompagnement : Construction étape après étape de la «  posture du cavalier» (cela prend moins d’une minute). On pourrait la prendre pour une posture verticale normale, de face, si elle ne contenait pas la connexion solide au Tantien, l’axe, l’enracinement et la respiration : je peux me fier à mon corps et je sais que sa vitalité me nourrit en ce moment précis : cela m’évite de me disperser dans des tribulations cérébrales, des jugements ( c’est une phase d’ adaptation difficile pour cette dame, elle monopolise beaucoup d’attention, épuise certains…) et de fouiller dans ma boite à outils de façon fébrile afin de voir comment résoudre cette situation.

Je me place face à cette personne en posture en la regardant et j’ouvre mes deux mains à hauteur du cœur, comme une invite. Je ne lui dis qu’un mot avec toute l’intention bienveillante possible : « Je vois que vous avez besoin d’aide  ». Elle s’arrête de taper, me regarde à son tour et fond en larmes. A ce moment, je sais que nous allons cheminer ensemble…

Elle se saisit de ma main ouverte et nous prenons un temps de marche, en consolant…

Il n’y a eu aucun recours aux médicaments sédatifs dans l’urgence…

Décryptage : Cette posture est reconnue comme un étai solide sur lequel cette personne peut s’appuyer.

Les mains ouvertes sont une communication non verbale, certes, mais elles transmettent aussi du chi : à travers elles, j’ai une profonde intention d’invitation à l’apaisement.

Il suffit ensuite de dire un mot simple et elle se sent reconnue, existe dans ce qu’elle vit ici et maintenant. »

Conclusion

« Plusieurs années de pratique m’amènent à la conclusion qu’ il m’est impossible de voir des aspects négatif dans l’exercice de cette pratique corporelle énergétique dans le soin. Le fait d’être dans une posture juste entraine des ressentis et des jugements justes.

Cela change des notions d’échecs et de succès, vision très binaire et peu nuancée de notre exercice de plus en plus quantifié… En effet, dans une situation de soins, lorsque j’ai lancé une intention juste, que les moyens utilisés sont les plus adaptés possibles, et que je me suis mise en bonne posture, je m’ouvre et accepte l’issue. Cela n’empêche pas le questionnement mais remet celui-ci à sa juste place, ce qui donne une ouverture vers des possibles dans l’avenir. Satisfaction, épanouissement seraient donc plus appropriés. »

 

« Inscrite en moi-même, ayant transformé mon être-soignant et ainsi mon exercice, l’énergétique corporelle que j’utilise avec un émerveillement sans cesse renouvelé s’intègre parfaitement dans les voies novatrices de la relation d’aide »